Perceptions faussées par la fracture fédéraliste/nationaliste

La fracture sociale qui oppose fédéralistes et nationalistes conditionne également les perceptions de la fracture musulmane.

Interprétant la plus grande opposition des francophones envers les accommodements, le lauréat de la Fondation Trudeau et membre du comité-conseil de la commission Bouchard-Taylor, Daniel Weinstock affirmait : «Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c’est déjà un “post-ethnique”, une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu’ils ont un “nous” à protéger. »

Manifestement, Monsieur Weinstock confond cause et corrélation, et rabaisse ainsi les Québécois à un niveau inférieur dans la marche de l’évolution des sociétés. Une telle affirmation ne peut paraitre crédible qu’en détournant le sens du concept post-ethnique, et en occultant le fait que l’Histoire canadienne qui a trait aux francophones — et d’une manière infiniment plus cruelle, celle qui a trait aux Premières-Nations — en est une d’assimilation, et non d’intégration. Or, la modernité des sociétés « post-ethnique » repose sur l’intégration et non sur l’assimilation.

La grande majorité des Québécois accueillent à bras ouverts tous ceux qui veulent s’intégrer. L’immigration vietnamienne des années 70, dont nous pouvons nous enorgueillir, en est la preuve. En fait, le nationalisme québécois est essentiellement post-ethnique.

Incidemment, à ce sujet, il est important de prendre conscience que l’acception du terme «nationaliste» dépend du contexte. Le nationalisme n’a pas le même sens pour la nation dominante que pour la nation dominée. Mais la nation dominante tire avantage à en faire systématiquement abstraction. Dominer le discours, c’est ça entre autres dominer.

Si l’on se donne la peine de creuser un tant soit peu, on peut facilement trouver d’autres explications pour cet écart. Une grande partie pourrait s’expliquer par le fait que la mouvance musulmane est étroitement associée aux dimensions politique et coercitive des fondamentalistes. Alors que la raison de la désaffiliation massive que la religion a subie dans la mouvance de la Révolution tranquille était précisément le rejet collectif des dimensions politique et coercitive de la religion. Bref, au centre de la fracture, ce seraient ces valeurs antagoniques qui entreraient en collision. 

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