L’attentat de Québec

Dans son essai Evil Politic, what it is and how to combat it, le politicologue Allan Wolfe explique les raisons pour lesquelles il est hautement contreproductif de ne pas reconnaitre à quelle catégorie de mal nous avons affaire. Car les différentes manifestations du mal, politique et apolitique, exigent des réponses qui leur sont adaptées. Dans le cas contraire, le problème est exacerbé. C’est malheureusement ce qui s’est produit avec l’attentat de Québec.

En dépit de ce qui a été propagé, l’attentat de la grande mosquée de Québec n’était pas un attentat terroriste. Selon le dictionnaire, le terrorisme survient lorsqu’il y a usage systématique d’actes de violence par une organisation politique, en vue de créer un climat d’insécurité. Alexandre Bissonnette n’était pas rattaché à une organisation, ne voulait pas créer un climat d’insécurité et son acte était singulier.

On peut comprendre que, question d’image et de rectitude, les politiciens n’ont pas pu résister à faire l’amalgame entre attentat haineux et terroriste. Je dois avouer cependant que ce n’était pas le moment d’être à cheval sur les définitions. Mais, maintenant que la poussière est retombée, force est d’admettre que les motifs et le but poursuivi par Alexandre Bissonnette étaient essentiellement différents de ceux des auteurs des attentats de New York, Paris, Nice, Bruxelles et Barcelone.

Selon Wolf, l’ultime but des terroristes est le sociocide : « … leur but est d’abolir les classifications qui permettent à la société de fonctionner. Les terroristes ne font aucune distinction entre leurs victimes, les traitant tous, quels que soient leur âge, leur race, leur sexe ou leur nationalité, comme des cibles d’attaque. … Le but du terroriste est de tuer la société qui rend possible la vie libre et gratifiante de la modernité. » Or, non seulement Bissonnette a ciblé un groupe spécifique, mais son but était différent. Il croyait que l’émigration musulmane représentait une menace pour la société telle qu’il la concevait.

Soyons clairs. Ces nuances ne visent pas à faire paraitre son crime moins odieux. Seulement, on ne combat pas les idées et les valeurs propagées par la Meute comme on combat celles d’Al-Qaïda. Je ne suis pas opposé à l’immigration en provenance du monde musulman. C’est le manque de discernement dans la gestion des problèmes encourus par celle-ci qui est déplorable.

Par ailleurs, comme l’ont exprimé plusieurs intervenants en termes plus tranchés, la radio poubelle n’est pas tout à fait innocente dans cette tragédie. Mais la principale faute revient aux politiques qui par leurs mauvaises décisions, dérivées du clientélisme, ont fourni aux radios poubelles des arguments qui ont prise chez une partie de la population que nous avons tort de négliger.1

La profondeur de la fracture relève des différentes perceptions que les différents groupes ont de la communauté musulmane. Voyons comment elles se présentent.

Les partisans de la laïcité d’origine musulmane et les musulmans paisibles vivent la pression et la menace que les fondamentalistes et les extrémistes font peser sur eux. Malheureusement, à cause de la distance (intersubjective) qui les sépare des non-musulmans, grand nombre de ceux-ci ignorent comment les départager des fondamentalistes. De telle sorte que les accommodements exigés, qui irritent une partie importante de la population, apparaissent alors comme s’ils étaient exigés par toute la communauté. Pire, les opposants aux accommodements ignorent souvent dans quelle mesure ceux qui exigent les accommodements approuvent les extrémistes. Parce qu’en général, les musulmans paisibles n’expriment pas publiquement leur opposition aux extrémistes. La volonté sociocidaire partagée par une infime minorité d’extrémistes, et dans une moindre mesure les valeurs défendues par les fondamentalistes irradient alors sur la communauté au complet et polluent la perception de ceux qui n’ont pas de rapports directs avec des musulmans.

  1. Le “nous” ici doit être entendu au sens le plus large possible.

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