Dialogue ou confrontation?

Si on opte pour la confrontation, notamment en stigmatisant ceux qui ne pensent pas comme nous, les choses revêtent une simplicité manichéenne. Les méchants, ce sont eux, et les bons c’est nous. 

J’ai écrit «…si on opte pour la confrontation…», mais la confrontation n’est pas vraiment une option, elle découle directement de la perception de la société, qui, elle, découle des théories adoptées. Les deux bords de la fracture souscrivent à des théories qui sont différentes, mais de formes identiques: on y partage un «nous» restrictif et exclusif. D’un côté, l’autre est exclu s’il n’agit pas comme nous; de l’autre, il est exclu parce qu’il ne pense pas comme nous. Et tous sont convaincus d’avoir la vérité et d’être moralement supérieurs.

La recherche du dialogue découle également d’une perception, mais d’une forme différente, qui cherche a réduire la fracture en raison de son «nous» inclusif. Ce qui ne signifie pas un «nous» universel, les sociocidaires en sont exclus bien évidemment.

La question à savoir si elle est moralement supérieure est sans rapport. D’une part, parce qu’elle n’est pas de la forme nous-bons, eux-mauvais; d’autre part, parce que c’est conceptuellement qu’elle est supérieure.

Peut-être estimerez-vous qu’une telle affirmation est prétentieuse. En revanche, vous serez forcés d’admettre que ce n’est pas vraiment difficile d’être conceptuellement supérieure au manichéisme.

Évidemment, la supériorité conceptuelle ne va pas sans ajouter à la complexité de la théorie, l’une ne va pas sans l’autre. Une partie de cette complexité se dissimule sous la nuance entre le sens et la vérité.

Je m’explique.

Notre cerveau attribue un sens au monde qui nous permet d’interagir avec notre environnement afin d’y survivre le mieux possible. Pas seulement le cerveau humain, mais c’est le cas pour tous les animaux.  Dû aux lois de l’évolution, la quincaillerie corticale qui attribue un sens au monde s’est complexifiée. Notre quincaillerie visuelle produit automatiquement notre perception visuelle dont la substance est le sens, au sens où la substance des objets physiques est la matière. Par exemple, les couleurs n’existent pas physiquement, elles n’existent que dans notre esprit. Elles sont corrélées aux caractéristiques de la lumière projetée sur nos rétines et nous informent ainsi sur notre environnement, mais elles sont inventées par notre système visuel. Or, il peut arriver que cette information soit fausse, c’est le cas des illusions optiques. Nos perceptions peuvent donc être vraies, fausses ou entre les deux. Connaitre la vérité est important lorsque l’on agit, elle nous aide à prendre les bonnes décisions et rendre notre action efficace. 

Un exemple. Il arrive régulièrement que des plongeurs se cassent le cou sur une roche à fleur d’eau. La perception qu’ils avaient de leur environnement était fausse. Ils ne savaient pas, ou n’ont pas tenu compte, qu’il faut se méfier des roches à fleur d’eau. La partie théorique qui vient médiatiser la perception visuelle, et nous fait imaginer la roche dissimulée sous la surface, leur a fait défaut. 

De même, notre perception de la société est médiatisée par nos théories, mais ce ne sont pas des théories de la même catégorie que des théories avérées, comme le sont la théorie héliocentrique et la théorie de l’évolution, ou qui peuvent être vérifiées sans grave conséquence, si seulement elles peuvent l’être. Nos théories sont donc d’une importance décisive, mais elle ne sont pas importante en soi. Leur importance est subordonnée à celle de nos décisions et de nos actions.

Cela soulève un ensemble de questions.

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