Les Fractures sociales

La cohésion de notre société dépend de nombreuses choses. Elle dépend de son Histoire ainsi que de ses institutions politiques et sociales. Mais, elle dépend surtout des différentes représentations, idées et théories que nous nous faisons de sa structure et de sa dynamique. Pourquoi surtout? Parce que nous n’avons aucun pouvoir sur l’Histoire, alors que le pouvoir que nous avons sur nos institutions politiques et sociales dépend étroitement des représentations, idées et théories qui conditionnent nos actions, quand elles ne déterminent tout simplement pas notre inaction.

Ce sont ses fractures sociales qui, en premier lieu, minent notre société. Chaque fracture traine sa propre histoire et prend une forme qui lui est propre. La question est de savoir si nous pouvons les réduire.

En théorie, nous le pouvons dans la mesure où nous sommes libres. Nous verrons cependant que ce n’est pas de liberté et de pouvoir individuels dont il est question, mais de liberté et de pouvoir collectifs.

Il y a une autre raison qui nous permet d’affirmer que nous le pouvons. De Hitler, aux radios poubelles, en passant par le SVR russe pendant l’élection américaine de 2015, l’Histoire et l’actualité comptent malheureusement trop d’exemples qui démontrent qu’il est possible de les exacerber. Or, puisqu’elles peuvent être exacerbées, il serait curieux qu’il soit impossible de les réduire. Bien sûr, nous devons nous attendre à ce que ce soit considérablement plus difficile. Cela est dans l’ordre des choses. C’est simplement la différence entre détruire et construire. Détruire un avion n’exige aucun savoir-faire particulier. Alors qu’en construire un exige des connaissances théoriques élaborées, un savoir-faire pointu, et des ressources industrielles.

La question se ramènerait donc à savoir si, collectivement, nous le voulons.

En un sens, au moment où j’écris ces lignes, la réponse à cette question est négative. Mais c’est une réponse par défaut qui ne compte pas vraiment. Parce que la question ne nous avait encore jamais été posée. Maintenant qu’elle l’a été, la réponse dépendra de savoir comment s’y prendre. C’est à cette question corolaire à laquelle nous allons nous attaquer.

À l’image de l’urgentologue qui reçoit un multiple traumatisé, j’ai recensé les fractures les plus graves. Elles sont : entre ceux en faveur des accommodements et ceux qui s’y opposent, entre riches et pauvres, entre fédéralistes et nationalistes, enfin entre les premières Nations et le reste de la population. Il y en a d’autres, mais commençons par celles-ci.

Pour être en mesure de réduire ces fractures, nous aurons besoin d’une sorte de radiographie. Le révélateur que nous allons utiliser pour les développer est la nuance entre une informations partagée et une information commune.

Il est difficile d’imaginer dans quelle mesure cette nuance est fondamentale. Le problème qui fait l’objet du prochaine article en révèlera l’essentiel.

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